Le 8 mars 2010

TEMPETE : LES REPARATIONS ?


Les premières images (mises en ligne le 4 mars)  de la tempête sont plus bas.

Nous profitons de cette période de mort d'eau pour essayer de faire les premières réparations.
Pour moi, c'était là, l'occasion de revoir certains secteurs du marais.

Voici quelques images et explications.

laisse de mer sur la route

Celle qui a limité les dégâts : la route du marais au bourg de Batz.

A l’ouest : les brèches et des « vauds » titanesques, à l’est des dégâts plus humains.

Nous ne cherchons donc pas d'abord à réparer à l’Ouest, ce serait peut-être un travail à refaire si les engins ne parviennent pas à étancher avant la prochaine marée.

vaud

Ce vaud (effondrement) chez Sylvain Vinet  sera réparé demain.

 

mini brèche

C’est le même, nous ne sommes pas passés loin de la catastrophe : la brèche est à peine entamée. Quelques minutes de débordement de plus et ce n’était plus gérable à la main.

fin de chantier sur vaud

Ce vaud est réparé ce soir. Il y en avait quatre qui menaçaient cette saline du Cham, la plus grande et peut-être la meilleure de Guérande. Nous étions une petite vingtaine et nous avons réussi à les faire pendant la journée. Si rien ne lâche, cette saline produira cette année.

Quand l’eau a envahi le marais, elle l’a fait avec une telle puissance qu’elle a charrié terre, cailloux …

 motte de terre sur vasière

Là, nous ne comprenons pas d’où viennent ces mottes de terre. Cette vasière n’a pas de brèche. Elle a été inondée par « contagion » sans dégât apparent sur les talus. Mystère.

vasières des baules après tempête

La vasière des Baules fait plus de 10 ha. Au milieu, loin des digues et des brèches, il y a ces mottes de terre également. Par bonheur, les collègues ont réussi à la vider, ce qui va permettre de travailler dedans et de mieux vider les salines qui l’entourent.

brèche artificielle

Oui, c’est le comble : la digue est ouverte de tous les côtés et nous n’arrivons pas à vider. Parce que nos tuyaux ne sont pas faits pour évacuer une telle quantité d’eau, et parce que, parfois, nous n’arrivons plus à les trouver dans le chamboulement de terre…

Selon la LEM (loi de l’emm… maximum), les brèches sont assez profondes pour permettre à l’eau de rentrer à marée haute, mais pas assez pour lui permettre de sortir à marée basse. Nous sommes donc obligés de faire d’autres brèches pour évacuer, 20cm par 20 cm, pour ne pas prendre le risque que l’eau emmène le talus.

deux brèches

Ici nous sommes devant l’une des nombreuses brèches de la vasière de la Tranche. En face, de l’autre côté de l’étier : une autre brèche et son cône de déjection : le courant a porté des pierres à plus de 100m. Une buse en béton, au moins 50kg, a roulé au-delà du champ de la photo.

Cette vasière de la Tranche a été durement touchée.

brèches vasière de la tranche

Pour l’heure,  nous ne sommes intervenus à la main seulement pour qu’elle se vide. Demain les pelles essaieront d’intervenir. Elles y resteront plusieurs jours.

Derrière ces dégâts de digue, il y a les dégâts moins spectaculaires à l’intérieur des salines.


talus dans saline


En passant d’une saline dans l’autre, l’eau emmène une partie du talus. Il faudra la remettre à sa place.

vaud dans oeillets

 Quelques fois, ces  morceaux de talus vont jusque dans les œillets, lieu où le sel se forme (le saint des saints pour le paludier)

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Page du 4 mars

GUERANDE DEUX FOIS DÉVASTÉE


La conjonction, soit disant exceptionnelle, de 2008, s’est reproduite en pire : tempête de Nord-Ouest pendant une grande marée.

 

BRECHE DANS LA DIGUE


Cette photo est prise 36 heures après la tempête du dimanche 28 février. La marée sera haute dans deux heures. Au premier plan le marais salant déjà inondé. Derrière, la mer que l'on ne voit pas habituellement. Et cette terrifiante ressemblance entre les deux.  La mer voudrait-elle reprendre la place qu'elle occupait il y a quelques siècles?

Voici par le menu le récit de la manière dont nous vivons cette catastrophe.

1 – les intuitions

2 – les prévisions

3 - La tempête

4 – les dégâts

5 – Et maintenant ?


1 – les intuitions

une bondre parée de facines contre l'érosionMercredi 24 février, quatre jours avant la grande tempête,  plus personne ne s’en souvient mais il y a eu un  sérieux coup de vent. Nous avions un chantier collectif de curage de bondre (ces canaux qui nous amènent l’eau de mer).
Difficile de travailler dans ces conditions puisque la mer ne « déchale » pas. Le niveau de l’eau était trop haut.
Mais Christophe BERNIER, un collègue qui malgré son âge raisonnable est un des plus anciens paludiers, relativisait à juste titre :
«En fait, il vaut mieux que ce coup de vent arrive maintenant, Si c’est dans une semaine, avec les coefficients qui arrivent, ce serait la cata comme en 2008…. ».
Et bien … raté,  ou trop juste. En fait c'est bien pire qu'en 2008.

2 – les prévisions

Quand la tempête du dimanche 28 a été annoncée, nous avons tous eu le même réflexe : consultation très précise des prévisions.
Et là, l’impression est celle que procurent les bons numéros du loto, mais à l’envers . Tous les paramètres concourent à la catastrophe.
capture de windguru, notre site meteo préféréPuis l’attente, avec des consultations incessantes des prévisions qui se modifient parfois. Mais là non.
La veille, nous surveillons tous les indices. Des nuages passaient vite mais du sud vers le nord. Et l’aiguille du baromètre descendait dans les parties inexplorées du cadran.
Avant d’aller dormir, je sors regarder la direction des vents, ils sont toujours sud. Pourvu…

3 - La tempête

A quatre heures du matin, nous entendons le vent. La tempête est là, aussi énorme que silencieuse à cause de l’orientation de notre maison. Je pointe le nez par la porte. Je suis d’abord impressionné par la douceur de la température. Et le constat terrible : les vents ont bien la direction annoncée.
La crainte devient une certitude, la digue lâche ou lâchera.

le jardiin pendant la tempête

C'est la première image que nous avions au matin. Le vent avait porté sur notre jardin, mais ce phénomène n'est presque pas extraordinaire chez nous. Les jouets des enfants seront vite remis en place.  Nous savons que les dégâts seront ailleurs, au marais, et ne seront pas liés au vent mais à la mer.

Je prends la voiture pour faire le tour. Avant même de voir le marais je constate la vase sur la route.  Je m'arrête pour me joindre à un groupe de collègues paludiers et j'apprends les nouvelles : la mer est montée jusque dans les habitations. Un voisin a encore 40 centimètres dans sa maison.

Cette tempête a une part de mystère. L’eau a inondé clairement le marais et les habitations les plus basses.  (le port du Croisic a été particulièrement touché)
Mais elle est aussi montée beaucoup plus haut comme en témoigne la vase dans les rues plus élevées et l'eau salée à l'intérieur des maisons.
Mais de cette montée impressionnante, nous avons des traces, mais aucun témoin direct.
Seul un voisin paludier a vu 5 cm d’eau dans sa maison.  Le temps d’aller réveiller la maison d'à côté, l’eau est repartie.
Comment cela a-t-il pu aller si vite ? Certains émettent l’idée d’une vague en plus de la montée exceptionnelle de la marée.  

"laisse de mer" après tempête

Les ammoncellements de "laisse de mer" sur les plus hauts talus du marais en témoigneraient également.  

4 – les dégâts

En approchant du marais, le constat est immédiat : c’est nettement pire qu’en 2008. Cette année-là, les salines exposées avaient progressivement été envahies par la mer, marée après marée.
Là, du marais, nous ne voyons plus que le squelette : les talus les plus forts. Et cette image terrible : la digue en dentelle. Au travers des brèches, nous voyons les vagues, pas les vaguelettes de marais, non, les vagues océaniques.
est-ce encore un marais salant?
Et là cette pensée : le marais serait-il devenu la mer cette nuit ?

Un collègue a perdu 20 tonnes de gros sel qu’il avait stocké sur le marais, un autre a perdu de la fleur de sel dans une salorge inondée.

sel sauvé in extremis
Le paludier qui avait stocké ce sel dans son jardin a eu chaud : l'eau s'est arrêté à 10 cm. Il l'a ensuite protégé à la hâte en vue des marées suivantes aux coeffcients plus élevés. Mais sans dépression, l'eau  ne remontera pas aussi haut.

Le dimanche soir, il était impossible de cerner l'ampleur des dégâts, nous avions l'impression de voir des brèches partout.

Nous étions abattus. Mais les médias nous incitaient à penser que nous nous en tirions bien. Patrick PICHON, un collègue pourtant sérieusement impacté, me dit : « Attends, on ne va pas se plaindre, il y en a qui sont en pyjama mouillé sur des terrains de basket. » Nous ne savions pas encore que la catastrophe avait pris un niveau bien plus grave en Vendée.

L’intercommunalité et notre syndicat des digues essaient de faire l’inventaire des dégâts sur le marais, mais ces derniers s’empirent à chaque marée.

Le 3 mars, nous en étions à 30 brèches d’un total de 400 mètres linéaires, certaines de ces brèches sont dans des zones hors d’accès des engins.
On entend le chiffre de 1000ha de marais inondés hors d'usage pour l'instant.
digue ravagée
A titre personnel, nous n'avons aucun dégat :
  • Nos marais ont des talus surdimensionnés, ce qui est tout sauf un avantage au quotidien. Mais dans de telles circonstances, c'est une chance.  
  • Le stock de sel  s'est également bien comporté : les bâches, lestées par des filets, n'ont pas bougé.  les mulons sont hors de portée de la mer.

5 – Et maintenant ?

Aujourd’hui, les pouvoirs publics semblent prendre la mesure de la situation et engager des moyens importants : annonce de budget, réquisition des entreprises de BTP, fonctionnaires qui ne rentrent plus chez eux…

Mais pour l’instant, nous ne voyons pas comment il sera possible de réparer rapidement les zones inaccessibles. Habituellement, nous réparons et entretenons ses secteurs de digues à la main. Mais avec cette tempête, les volumes sont énormes, la main d’œuvre paludière ne suffira pas.

Si vous souhaitez en connaitre plus sur les méthodes et l'organisation du marais pour réparer et entretenir cette digue, vous pouvez vous reporter à la page que nous faisions en 2008. La voici.

En allant faire les photos, je me suis méfié de ne pas me faire surprendre par la marée qui remontait. J'ai bien fait... Heureusement que j'avais mon équipement de paludier.

chemin barré par la marée

J'ai pu constaté que nous ne sommes pas les seuls à être perturbés par cette inondation. Les oiseaux limicoles cherchent de nouveaux secteurs de gagnage. Les sangliers qui occupent le marais en hiver doivent également être perdus. Ils ont emprunté le même chemin que moi.

trace de sanglier


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Pascal et Delphine DONINI, paludiers - 9 rue des goëlands - 44 740 BATZ-SUR-MER - tél :  02 40 42 47 94